Des flux migratoires en Méditerranée : le Maroc et ses ressortissants, proies des remous mondialistes

“Les Hommes migrent, mais leurs valeurs aussi” remarque Widad, qui retrace dans cet essai l’evolution complexe et parfois conflictuelle des flux migratoires de part et d’autre de la Méditeranée.

By Widad

Widad Damia is a student of political science and a writer. 1 comment

Thursday, July 29th, 2010


La fougue chauviniste oppresse les riverains de la Méditerranée. Que les mutins de la pensée politique et sociale soient unanimement surpris par les faits souvent maudits de l’actualité multiculturaliste est une réaction totalement absurde. Ces faits de tensions interculturelles n’ont rien d’original. Vieille de temps et d’Hommes, notre Mer a connu, durant ses mouvements, plus de guerre que de paix.

D’abord les empires se succédèrent. Les grecs, les phéniciens et les romains, le droit et la philosophie, les grandes cités et d’infinies divinités. S’en suivirent Rome et Carthage, puis l’Islam qui marqua enfin l’arrivée d’une puissance dans le territoire orientale.

Les pays arabes convertis à l’Islam connurent l’Age d’Or grâce au savoir scientifique et la dextérité martiale. Et très tôt, les deux puissances, occidentale et orientale, entament l’ère des hostilités. Les Croisades sont lancées. Entre temps la chute de Byzance avait ouvert les portes à six siècles de domination ottomane. Deux guerres mondiales plus tard, le répit ne connait pas Mare Nostrum : la Révolution Arabe avortée, les conflits du Golf et des Balkans, puis ceux du pétrole et l’introduction de l’élément américain.

Puis dès que l’Homme inventa de puissants moyens de communiquer, de se déplacer et de migrer, les cultures sont amenées à se confronter, à considérer l’étranger comme un égal de droits sur sa propre terre. Les tensions s’accélèrent en un effrayant effet domino. Pourtant, et malgré les quelques conflits de territoire qui régnait encore, le monde se réjouissait de vivre sur une terre devenue Global Village. Samuel Huntington nous prévint d’une guerre de civilisations, que le 11 septembre confirma. Ce drame, œuvre d’extrémistes, vécu en direct par le monde entier, déclenche des réactions synchrones et signe par sa violence la fin de la trêve de paix.

La Mondialisation exacerbe la tension interculturelle. Nos moyens de déplacement, de voyage, de découverte, de communication sont puissants et rapides. Le Sud remonte vers le Nord, souvent à la recherche d’un travail pour accroître son niveau de vie ou d’apprentissage universitaire de renom. Le Nord descend vers le Sud, en investissant dans la fraiche émergence économique des pays sur la voie du développement, ou simplement pour vieillir au soleil. Et comme si ces deux mouvements bilatéraux ne suffisaient pas, le sud rejoint un autre sud : le Subsaharien vers le nord africain. D’abord en terre de passage, le nord d’Afrique se transforme en douce en terre de résidence ou d’études, poussant ce Maroc, déjà en crise identitaire profonde, à considérer le nouvel élément subsaharien.

Les vecteurs et les flux sont donc multiples. Et le Maroc, longtemps considéré comme une terre d’accueil, semble vouloir freiner cet Etranger. Certainement des bribes d’un reflexe anticoloniale ou simplement le regain du sentiment chauvin et protecteur de ses mœurs musulmanes.

Ebranlé par les conflits du Sahara et touché par les revendications des berbères, son unité nationale est menacée. L’arriver d’étrangers ne fait donc qu’agiter davantage les tensions identitaires.

L’ouverture économique du Maroc et le lancement de grands chantiers a rendu le pays plus attrayant : « les royaume est devenu la destination préférée des chercheurs d’emploi européens. Crise économique et financière oblige, les cadres européens viennent à la recherche de nouvelles opportunités. » Site TelQuel (du 26 Juin au 2 Juillet).

L’intégration de l’européen salarié au Maroc n’est pas. Il est souvent français, et le Maroc, anciennement sous protectorat français, garde une forte tradition francophone. La communication et même certaines habitudes et coutumes sont donc de surcroît acquises. La contrainte vient d’ailleurs. L’étranger se voyant de plus en plus canonisé ne peut manquer au règles sous peine de lourdes sanctions. Mais ces étrangers là, ne font parler que les parlementaires, gardiens des chiffres du chômages, et Nini* (dans son torchon qui propage la voix populiste d’un marocain amèrement anticoloniale en supposant que l’européen résident au Maroc est de facto traité comme un surdoué de par ses origines qui supposeraient une supériorité humaine.)

L’autre Etranger est l’étudiant africain. Flux nouveau, les sociologues et journalistes ne se penchent que très peu sur le sujet. D’un constat très personnel, beaucoup d’entre eux optent pour le vivre en communauté. J’ai également pu remarquer, sans grande surprise toutefois, que les rares qui avaient des amis marocains, étaient les africaines musulmanes, souvent voilées, constituant ainsi un cercle des Akhawates.

Vint enfin la bête noire de tous : les ONG prosélytes. Coincés puis reconduit aux frontières pour prosélytisme, ces étrangers enseignaient les valeurs chrétiennes dans un pays très attachées à ses propres valeurs religieuses. La secrétaire d’état américain qui avait même déclaré que le Maroc devrait respecter la liberté de culte se trompe complètement de sentence. Car cette expulsion ne sanctionnait pas une pratique religieuse, mais de la propagande religieuse, action mal appréciée quelque soit le territoire et la domination religieuse nationale.

Malgré que les politiques ont réitéré les obligations légales à l’égard des résidents et leurs employeurs, le Maroc n’en fait pas pour autant une priorité, puisqu’il reste encore perçu comme une terre de passage, d’études ou d’investissements… tant que les déités sont respectées cela dit. Les marocains grincent des dents dès que l’on touche aux valeurs traditionnelles. Comme une allergie, cette réaction très vive se manifeste lorsque l’occidental non musulman essaie d’exporter ses mœurs et dogmes. Chez les citoyens, comme chez le Législateur, la règle est commune, la mondialisation laïque par le haut ne passera pas. Ni par le sud, d’ailleurs.

Chez nos voisins européens, le tumulte identitaire est le même, un poil plus violent : des meurtres de cinéastes, des réactions extrêmes à une caricature de celui qui est considéré comme l’Homme Parfait, Mohamed, en passant par l’interdiction du voile intégrale dans des pays de libertés du culte.
Puis il y a Al Qaida, les HLM et le lourd passé qui les compresse et qui produit l’exclusion sociale d’une génération de jeunes européens aux valeurs musulmanes. Tiraillés sont ces travailleurs étrangers qui, aux années 70, l’ont croyait pouvoir faire fleurir de leur main d’œuvre les industries naissantes tout en laissant leurs valeurs religieuses et culturelles aux frontières. L’erreur est grotesque quand on constate le résultat. Les valeurs, comme l’Homme, ont migré. Les penser dissociables a certainement été fatal pour les européens, même aux plus ouverts d’entre eux.

L’histoire des Pays Bas est complexe par sa mouvance : l’Âge d’Or et la VOC, Spinoza, le philosophe marrane, le calvinisme, la peinture plus libre d’expression, les protestants et les juifs y prirent refuge. Et depuis le 20e siècle, tout ce que l’on considérerait la pire des tares aura été légal chez les néerlandais : la consommation du cannabis y est tolérée dans une certaine limite, la prostitution a son temple dans le quartier rouge, les filles de joie cotisent pour leur retraite, passent des entretiens à l’agence nationale de l’emploi et ont une couverture sociale.

Quand ce pays connut ses premières vagues d’immigration – essentiellement turques et marocaines-, aucun résident étranger n’avait l’obligation de parler la langue officielle. Cette intégrité par le communautarisme n’était pas nouvelle. Le verzuiling, système de compartimentage, est une institution. Chaque compartiment correspond à un mode de pensée religieux, politique ou éthique. Il y a les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans, les hindoues, les laïques, les socialistes, les conservateurs… Chaque compartiment regroupe les individus adhérents à sa pensée de référence. Ces individus ont le droit de fréquenter des écoles arabes, conservatrices, juives ou laïques. Cela va même plus loin, les chaines publiques se partagent les heures de diffusion. Que ce soit à la télé ou sur la radio, chaque fréquence est découpée en tranche horaire destinée à chacun de ces compartiments, selon le nombre de leurs adhérents.

Chacun donc vivait dans son moule, sans vraiment être encouragé à rencontrer les voisins juifs ou athées.

Avec l’arrivée massive des immigrants musulmans, beaucoup de facilités ont été mises en place. En 1967 fut construite la première mosquée aux Pays Bas. Aujourd’hui, on en compte 500. L’appel à la prière y est autorisé une fois par jour et accru les vendredis et jours de fête. Le voile n’est pas interdit aux institutions publiques, comme l’école, contrairement à la France.

La tolérance était donc vraie. Mais le modèle batave, comme une digue fragile, a craqué.

Le réalisateur néerlandais Theo van Gogh, connu pour ses positions contre l’Islam et insultes à l’égard de la communauté juive, a été assassiné avec une violence incroyable par un jeune extrémiste marocain. (Pim Fortuyn, leader du parti d’extrême droite subit le même sort de la part d’un militant écolo.)

Les enfants et petit enfants de premiers ouvriers marocains, habitués à vivre en communauté, avec des parents que rien n’oblige à se fondre dans la société néerlandaise, se voient exclus du monde du travail. Sans parler de la criminalité plus forte chez les allochtones que les autochtones.

Deux mesures, un seul poids. Les Pays Bas qui ont préféré perpétuer leur tradition de verzuiling sont en impasse. Aujourd’hui, il existe des tests à passer avant de devenir résident, et on a du annuler les élections législatives car l’extrême droite avait détenu un score trop important, certainement résultat de l’exaspération sociale. Tandis que la France, reine de la laïcité, a préféré forcer tous les français à suivre le même modèle transparent. Aucune religion ne primera sur le partage des valeurs républicaines qu’est l’égalité des droits, et donc des devoirs.

L’impasse fut pourtant la même pour ces deux modèles d’intégration très opposés.

La langue et la liberté individuelle sont tout aussi essentielles à l’équilibre social que l’histoire commune. L’Identité d’un peuple semble être définie par un passé, et malheureusement, non pas seulement par un présent ou un devenir que l’on bâtit.

Pour l’Europe, l’identité se renforce autour des mœurs chrétiennes, des révolutions culturelles et surtout, pour les dernières générations, le traumatisme de la deuxième guerre mondiale. En France, on parle de Révolution Française, de Marianne, de la Gastronomie, le folklore, et des spécifiés régionales… Aux Pays Bas, l’histoire des comptoirs antillais, les polders, l’héritage artistique impressionnant, la dextérité agricole, les exports commerciaux…

Cette identité est structurée autour de traditions mais surtout autour d’une histoire commune.

L’Etranger, en l’occurrence marocain, porte d’autres valeurs et un autre passé. Il nait dans une famille d’arabes musulmans, il est libre de fréquenter une école islamique**, n’a pas d’opportunité d’embrasser des valeurs hétéroclites et quand l’âge adulte l’oblige à vivre et échanger avec les autochtones, son exclusion est rapide.

Forts de cette déchirure identitaire, certains jeunes rejoignent les réseaux islamistes. L’Islam, étant ouvert à tous et surtout en quête perpétuelle de nouveaux adeptes, devient le recours ultime. Car hormis la foi, cette structure religieuse n’impose pas aux nouveaux venus l’intégration par la langue ou par le folklore. Le recours est donc très séduisant quand le double sentiment de rejet, de la part de son pays de naissance et d’origine, le laisse sans unité personnelle.

Au Maroc, l’histoire est presque similaire. Personne, ni ces étudiants venus d’Afrique, ni ces investisseurs, ni les prosélytes déguisés en ONG, ne sont les bienvenus s’ils ne taisent leurs valeurs dans un pays où l’Identité est pourtant multiple et riche.

Enfin et d’une manière très paradoxale, les origines de tous ces conflits civilisationnelles font également sa richesse. Le Global Village ne serait pas sans cette mondialisation qui nous torture. Courir vers l’intégration absolue est l’équivalent de produire de l’industrie analogue et est contre-productive. L’exemple le plus vulgaire serait les références en matière de beauté humaine véhiculée par des femmes et des hommes aux gabarits identiques. Un modèle qui refuse de s’enrichir des beautés alternatives ou même de laisser place aux femmes ordinaires qui ne rêvent pas de podium. Malheureusement, la problématique des flux migratoires reste plus complexe.

Finalement, prendre la voie de l’intégration absolue et se jeter dans le conformisme, quand on sait que la diversité est l’essence de la survie serait quelque part suicidaire. A quand le consensus ?

* Rachid Nini est une figure controversée du journalisme au Maroc. Il est fondateur du journal al-Massa’ où il tient une chronique prisée par ses lecteurs. Jugé populiste par ses critiques Nini a réussi neanmoins à faire de sa publication un journal à grand tirage et le “premier titre de la presse marocaine”.
** Aux Pays Bas les écoles publiques non laïques sont également subventionnées par l’état.

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Written by Widad

Visit Morocco and its Diaspora Are Prey to Globalization for an English translation

Posted on Thursday, July 29th, 2010

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One comment on “Des flux migratoires en Méditerranée : le Maroc et ses ressortissants, proies des remous mondialistes”

  1. “Car cette expulsion ne sanctionnait pas une pratique religieuse, mais de la propagande religieuse, action mal appréciée quelque soit le territoire et la domination religieuse nationale.”

    Le prosélytisme religieux fait partie intégrante de la pratique religieuse Chrétienne. L’expulsion sanctionne donc une pratique religieuse.

    La propagande religieuse au Maroc est distillée dés l’âge tendre dans les bancs de l’école publique. Elle se poursuit dans les médias, dans la rue, les taxis, les bureaux, etc.


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