Automne de la tyrannie

English translation available soon.
“L’Histoire retiendra la lutte du peuple tunisien, comme celle des algériens ou des égyptiens,” ecrit Abou Lahab.

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Irreverent author for the "infamous" blog, Circle of the Young Moroccan Idiots 1 comment

Saturday, January 15th, 2011


Ce billet a été écrit avant le départ de Ben Ali.


Malheur à nous, si nous n’avons

pas la force d’être tout à fait libres,

une demi-liberté nous ramène

nécessairement au despotisme.

M.M.I. Robespierre

A Monsieur Zine el Abidine Ben Ali,
Je me suis permis de m’adresser à vous, moi, Abou Lahab, citoyen marocain quelconque, pour porter à votre connaissance quelques observations sur les évènements que vivent depuis quelques semaines déjà les citoyens tunisiens. Peut-être trouverez-vous le ton de cette lettre excessivement agressif, habitué que vous êtes à n’entendre qu’éloges et chansons à la gloire de votre personne.

Des éloges, je m’excuse de vous décevoir, je n’en ferai point. M’étant quelque peu documenté sur l’Histoire de mon propre pays, j’ai développé une sainte horreur et un profond dégoût pour les tyrans. Non seulement par leur constante avidité du pouvoir, leur ego démesuré, leur fascination devant leur propre bassesse, mais surtout, pour les violations des droits humains intrinsèques à la nature même de leurs régimes. Vous êtes devenus insensibles aux misères des hommes que vous gouvernez, vous avez ainsi perdu toute humanité.

Jeudi (link) un citoyen tunisien a été arrêté par votre police, Monsieur le Président. Un type dont vous ne connaissez probablement rien, même pas sa fameuse 404L qu’il entretient comme une amante. Connaissez-vous au moins son prénom, Monsieur ? Slim, qu’il s’appelle. Et pourtant, il a incarcéré dans vos geôles, en compagnie de je ne sais quels monstres dénués de toute humanité à votre service, Monsieur. Avez-vous déjà visité son profil twitter (link) ? il y parle, entre autres, de la censure internet, vous savez cet espace de libre expression qui vous menace tant et que vos mercenaires essayent tant bien que mal de limiter ? Non, vous n’avez sûrement jamais lu ses articles ou ses tweets. Et pourtant, votre police l’a arrêté en l’accusant, comble de l’honneur, d’exercice de citoyenneté et d’attenant à la quiétude de votre malheureux règne.
D’autres personnes ont été arrêté et plusieurs autres blessées et même tuées par des coups de feu visant la tête (or any other links to pics), invoquant, le plus sérieusement du monde, la légitime défense. Vous continuez à appeler les auteurs de ces crimes forces de l’ordre, sous prétexte qu’ils portent des uniformes et qu’ils touchent leurs soldes de l’argent du contribuable. Je suis loin d’être juriste mais je crois que n’importe quel étudiant de première année en droit n’hésiterait pas à accuser ces individus de constitution de bandes criminelles et d’atteinte à la sécurité du pays.
Monsieur le Président,
Dès lors que le peuple décide de regagner sa liberté il devient instantanément et de facto, libre. Je comprends donc votre détresse. Je comprends votre peur. Je comprends la menace qui pèse sur votre règne chaque fois que le mot Liberté profane votre tyrannie. Rien n’oblige le peuple tunisien à se soumettre à votre volonté, et cette réalité vous effraie.
Mais qui vous embête surtout dans cette histoire de pouvoir, c’est que pour gouverner, il vous faut nécessairement un peuple. Peut-on imaginer un ennemi aussi puissant, aussi dangereux pour un tyran, qu’un peuple ? Peut-on croire qu’un tyran resterait insensible, par exemple, au spectacle des robes noires (link or embed) chantant avec enthousiasme ces quelques vers de votre hymne national ?

Si un jour le peuple a décidé de devenir libre,

force est pour le Destin de répondre,

force est pour les ténèbres de se dissiper,

force est pour les chaînes de se briser.

Vous avez essayé – et peut-être réussi – à réprimer les protestations des avocats à leurs tout débuts, et il semblerait que vous n’avez pas le choix. Les juristes sont peut-être les mieux qualifiés pour prendre conscience de la nature criminelle de votre régime. Ils se sont désignés avocats du peuple et plaident pour sa juste cause mettant ainsi en péril leur carrière et même leur intégrité physique. Cela ne vous réjouis évidement pas.

Des citoyens qui offrent leurs corps à vos balles, des blogueurs qui court-cricuitent vos médias propagandistes, des avocats qui enfilent leurs robes pour protester  : toutes ces composantes de la société tunisienne offrent un bel exemple du Sacrifice. Vous essayez donc d’employer des méthodes classiques en vue de décrédibiliser ces actions : traiter les manifestants de fauteurs de troubles, diffusion de programmes propagandistes, limogeages de quelques responsables gouvernementaux insignifiants en plus de l’habituelle terreur que votre police sème dans la population. En réponse à cela les tunisiens ont brûlé votre portrait (or embed). Oui, le votre portrait sacré, Monsieur Ben Ali, pour que cessent vos manoeuvres qui ne trompent plus personne.
Ils ont brûlé votre portrait.

Ils ont hissé, au même moment, le drapeau national.

Gloire au peuple tunisien.
Seulement, je ne pense pas que ces évènements mettent fin à votre terreur. Vous êtes trop avide, vous tenez trop au pouvoir, tel un chef de mafia, tel un drogué, que vous êtes prêts à sacrifier bien des vies pour vous maintenir à votre poste. Une attitude, vous me le concéderez, des plus minables. Mais au moins vous ne dormirez pas paisiblement cette nuit, les cauchemars hantent votre sommeil et peut-être vous vous y voyez déchu tel que le citoyen Louis Capet, autrefois Louis XVI. C’est en soi une victoire.

Mais l’Histoire retiendra cette lutte, comme celle des algériens ou des égyptiens. L’Histoire retiendra aussi, je le crains, que pendant ce temps, leurs voisins marocains semblent presque jouir de leur servitude volontaire.
Cette âpre réalité m’attriste.
A.L.

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Posted on Saturday, January 15th, 2011

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One comment on “Automne de la tyrannie”

  1. L’Histoire retiendra aussi, je le crains, que pendant ce temps, leurs voisins marocains semblent presque jouir de leur servitude volontaire.

    “None are more hopelessly enslaved than those who falsely believe they are free.”

    Johann Wolfgang von Goethe


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