Et si on reprenait notre souveraineté économique ?

Ne dit-on pas que l’économie est la science du réél ? Aouatif nous explicite les dimensions economiques du changement escompté. Il passera par la réappropriation de la souveraineté économique ou ne sera pas.

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Young Moroccan economist 1 comment

Wednesday, March 30th, 2011


L’avantage des révolutions, c’est qu’elles laissent libre cours aux utopies. Il était tout à fait utopique, il y a quelque temps, de dire que le peuple peut prendre son destin en main et remettre en question tout ce qui l’asservissait du petit flic du commissariat de quartier au dogme du néolibéralisme. Or, les Egyptiens et les Tunisiens, après avoir décapité le régime, continuent à remettre en question méthodiquement tous les facteurs institutionnels, politiques ou culturels qui les asservissent. Alors, je revendique ici mon utopie.

En Egypte et en Tunisie, tout a commencé par des revendications sociales et économiques, Bouazizi s’est immolé par le feu parce qu’on lui a renié un droit fondamental de gagner sa vie ! Les manifestations en Egypte ont longtemps porté sur les droits économiques à travers grèves et sit-in. Les revendications politiques ont occulté d’une certaine marnière les revendications socio-économiques parce qu’il fallait aller plus loin et changer les choses de façon radicale.

Pourtant, ces revendications sont revenues très vite sur le devant de la scène et se sont libérées tous azimuts : plus d’opportunités de travail, augmentation de salaires, amélioration des conditions de travail, contestation des expropriations par les anciens régimes, etc.

Les gouvernements semblent désemparés dans la mesure où, pour répondre à ces revendications, il faut changer de modèle économique. Autrement dit, remettre en question leur insertion dans la mondialisation basée (cette insertion) sur les bas salaires et une flexibilité plus proche de la précarisation de l’emploi.

Remettre en question cette insertion pose deux questions : est-ce que nos pays continueront à être compétitifs à court terme s’ils répondent à toutes ces revendications ? Comment sortir de la trappe des bas salaires à terme ?

La première est une fausse question. Tout ce qui n’a pas été délocalisé en Chine ne pouvait pas l’être. D’ailleurs, plusieurs activités sont rapatriées de l’Extrême-Orient vers les pays développés ou dans le voisinage. Par conséquent, les entreprises qui s’installent au Maroc, en Tunisie ou en Egypte ont bien calculé leur coup (coût). La compétitivité par les bas salaires nous ne sert pas parce que l’emploi créé ne sert pas à améliorer la vie des gens mais seulement à leur survie.

La deuxième question est plus fondamentale. La sortie de la trappe des bas salaires suppose l’augmentation de la valeur ajoutée des produits fabriqués dans nos pays. Cette augmentation permettra de les vendre plus chers et donc pouvoir rémunérer les travailleurs avec un taux meilleur.

Une plus forte valeur ajoutée passe par l’amélioration des capacités technologiques des entreprises nationales. L’industrialisation dans nos pays était juste une variante de l’économie de rente qui consiste à investir le minimum et de récolter le maximum, c’est l’économie de Moul Ch’kara ! En d’autres termes, au lieu d’utiliser des machines importées pour fabriquer des produits dont la qualité n’est pas régulière, les entreprises doivent s’emparer de la technologie pour l’assimiler, l’améliorer voire en développer d’autres.

Le Japon ou la Corée du Sud ont commencé par être des sous-traitants avec des capacités technologiques basiques. Ils ne pouvaient pas prétendre à vendre leurs produits chers. Mais, au fur et à mesure, ils ont appris à utiliser les machines, à les réparer, les améliorer ou les utiliser à tout autre chose. Par ce biais, leurs capacités technologiques s’en sont trouvées améliorées jusqu’à ce qu’ils proposent eux-mêmes des innovations technologiques. Dans tout ce processus, les ressources humaines ont joué un rôle considérable. Les ressources humaines, on en à revendre !

Pour conclure, avec ces revendications de travail décent, de dignité et de juste rétribution, c’est tout le dogme du néolibéralisme que nos peuples remettent en question. Ce dogme consiste à dire qu’il faut libéraliser l’économie, privatiser les entreprises et réduire la régulation des marchés parce que ces derniers sont capables de fonctionner « parfaitement » tous seuls. Et si les marchés disent qu’il faut payer les travailleurs moins ou les licencier alors il faut le faire ! Or, on a vu comment les marchés ont conduit à la crise de 2008. Ce dogme a été imposé aux pays en développement après la crise de la dette au début des années 1980. Le Maroc n’y a pas échappé à travers le plan d’ajustement structurel qui a considérablement appauvri sa population.

Par la suite, le néolibéralisme a été relié dans nos pays par une minorité qui poursuit son propre enrichissement. Ce dogme est tout simplement l’annihilation de la souveraineté économique des pays et leur capacité à poursuivre leurs propres intérêts.

Rien n’est fatal : ni la mondialisation, ni la concurrence acharnée entre travailleurs pauvres au Maroc, en Chine ou en Colombie. Si ces revendications sont satisfaites parce que le rapport de force est en faveur de la contestation, le dogme néolibéral, qui ne fait qu’enrichir les riches et appauvrir, sera sérieusement ébranlé.

Il s’agit tout simplement de reprendre notre souveraineté économique qui est à mon avis la plus fondamentale parce que c’est comme ça que les gens vivront décemment et dignement.

Swirly divider

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Posted on Wednesday, March 30th, 2011

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One comment on “Et si on reprenait notre souveraineté économique ?”

  1. Je suis tout à fait d’accord avec vous. C’est d’ailleurs ce dogme là qui a fait qu’on s’est retrouvé à faire une économie de rapiéçage. Puisque le néo-libéralisme impose de faire le profit le plus rapidement, le Maroc n’a jamais investi que sur le profit à court terme, prioritairement dans des secteurs instables comme le tourisme.

    Et pour qu’on récupère notre souveraineté économique, il faudrait qu’on investisse dans des choses plus solides et plus stables comme l’industrie ou l’éducation plutôt que le tourisme, et aussi qu’on essaie d’être auto suffisants au niveau de l’agriculture. Je pense qu’on en a les moyens en changeant la manière de gérer nos champs, en reconvertissant par exemple des champs réservés à l’exportation pour des plantations qui combleraient les besoins de la populations.

    Comme le dit Régis Debray, les frontières sont essentielles, tout corps en a besoin pour se sentir en sécurité et pour vivre. Mais l’existence d’une frontière ne veut pas dire être imperméable à l’extérieur, car tout corps, pour vivre, a besoin d’échanger avec l’extérieur.

    Pour ceux que ça intéresse, je vous conseille un documentaire intéressant et bien fait à propos du néolibéralisme : “l’encerclement la démocratie dans les rets du néolibéralisme”.


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