Le 20 Février : un instant d’expression de l’intelligence collective marocaine

Mounir analyse la portée politique du mouvement du 20 février.

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Young Moroccan engineer and political activist 3 comments

Wednesday, March 30th, 2011


Texte écrit le 7 mars 2011.

Il est indéniablement reconnu que le mouvement des jeunes du 20 Février a jeté une grosse pierre dans le « marécage » politique marocain, et c’est ce qu’il y a à reconnaitre le plus à ce mouvement. Nous pensons donner des observations et des attentes dans le présent texte.

C’est quoi le 20 Février ?

De prime à bord, le mouvement du 20 Février est :
Un exercice démocratique : le Maroc étant un pays aspirant à la démocratie ( démocratie naissante pour les plus optimistes ) est habitué à des protestations quotidiennes dans la rue publique. Le 20 Février a amené cela de nouveau : les jeunes, souvent taxé d’apolitiques, se joignent à toutes les forces vives du royaume ayant réclamé des réformes. Ceux qui disaient que les jeunes boudaient les urnes et se désintéressent à la politique, ont eu leur réponse : les jeunes marocains sont politisés, mais refusent le « jeu » politique actuel.

Une expression de l’intelligence collective : Les attentes des marocains sont diverses et relatives à plusieurs registres : politiques, économiques, sociales, … le niveau diffère d’un groupe de citoyen à un autre, mais ce qu’il faut reconnaitre c’est qu’une forme d’expression de l’intelligence collective a fait que le mouvement du 20 Février a fixé un seuil très de changements, pas seulement de réformes, qui réunit même ceux qui sont contre l’idée de manifester : la monarchie parlementaire.

Un droit légitime pour la jeunesse marocaine d’exiger, ici et maintenant, hors tout calcul politique ou politicien, les réformes bénignes faisant passer le Maroc d’un pays « aspirant à la démocratie » à un pays résolument démocratique. Les jeunes ont le droit d’exprimer leur aspiration, sans tutelle ! Toutes les revendications ( abolition de la rente, des privilèges, séparation des pouvoir, … ) se résument dans le titre du système politique escompté : Monarchie parlementaire.

Le grand fossé qui existait entre le monde où se faisait la politique –la vraie-, la scène politique qui orne notre pays ( élections, partis, … ) et la rue est en train d’être réduit par l’essence même des revendications des jeunes du 20 Février, c’est une réelle valeur ajoutée politique pour le Maroc. La jeunesse s’ajoute résolument, et à sa manière, aux autres revendicateurs traditionnels des réformes.

Attentes…

Le Maroc, toutes ses forces vives, sa jeunesse surtout, ceux qui sont sortis le 20 Février et ceux qui étaient contre, ont besoin d’une nouvelle dynamique suscitant l’espoir des réformes. Les attentes sont multiples et diverses, mais on peut les résumer facilement dans de grandes thématiques :

Sur le plan politique : Instaurer une monarchie parlementaire, où le Roi règne, le gouvernement gouverne, le parlement légifère et la justice soit indépendante, dans une séparation et clarification des pouvoirs, dans un climat de multipartisme réel où les partis d’opinion et la société civile jouent pleinement leur rôle d’institutions d’intermédiation.

Sur le plan des droits humains : instaurer le principe de la primauté des chartes universelles sur le droit national, appliquer les recommandations de l’IER, respecter les droits individuels et publics et séparer la politique ( gestion de l’Etat ) du spirituel ( gestion de la foi ).

Sur le plan économique : Abolir les rentes et le copinage et instaurer un système économique qui libère l’entrepreneuriat et encourage la concurrence, ce qui encouragera l’innovation, l’emploi et la baisse des prix.

Sur le plan médiatique : libéraliser réellement le paysage audiovisuel pour créer un espace de débat et cesser de manipuler, rapetisser, orienter et terroriser les médias.

Sur le plan social : réformer profondément le système éducatif, garantir le droit d’accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé, à l’environnement sain, au logement et à la vie digne.

Ceci devrait passer inéluctablement par une nouvelle constitution qui sort de la matrice de la constitution « octroyée » de 1962. Des signaux forts et des actions dans les plus brefs délais devraient être opérés pour accompagner l’enthousiasme populaire du 20 Février. Le Roi a une chance historique de se placer avec son peuple dans son aspiration à « un autre Maroc possible », un Maroc résolument démocratique et tourné vers l’avenir.

A bon entendeur.

Swirly divider

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Posted on Wednesday, March 30th, 2011

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3 comments on “Le 20 Février : un instant d’expression de l’intelligence collective marocaine”

  1. J’aime le titre et surtout l’expression “intelligence collective”. Je suis d’accord avec l’explication de l’auteur des revendications légitimes du mouvement du 20 Février. Il y a aussi cette remarque sensée du non besoin de la part des jeunes du 20 Février d’une “certaine tutelle”. En d’autres termes et quelques syllabes : derrière les jeunes du 20 Février, il n’y a que leur amour et de leurs pays et de la démocratie. Oui, les jeunes sont politisés et ils sont intéressés par la gestion des affaires du pays, les orientations socio-économiques, la redistribution équitable des richesses du pays, le mode de gouvernance, l’indépendance de la Justice, les libertés publiques, le respect des droits de l’Homme, l’éradication du fléau de la corruption et la remise à niveau du système éducatif. Non, ils ne sont pas intéressés par exercer leurs droits civiques dans un cadre pseudo-démocratiques aux régles biaisées où le peuple ne retrouve ni sa volonté ni sa parole. Le vote dans ces conditions n’a plus de valeur réelle et les urnes ne peuvent pas etre le récipient de son choix.

    On parle beaucoup et à raison de la monarchie parlementaire mais il ne faut pas oublier que l’attente du mouvement du 20 Février concerne aussi la mise à niveau et la démocratisation interne des partis politiques. La remise en question des responsables politiques quant à leur intégrité et leur responsabilité. On n’a pas vocation à etre responsable politique pour la seule fin de servir ses propres intérets. La responsabilité politique est de servir le peuple et de représenter son interet.


  2. Je veux juste préciser que la date de ce texte est 07/03/2011


  3. C’est un détail qui a son importance en effet Mounir. Une note est ajoutée en début de texte.


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