Qu’est ce qui s’est passé au Maroc?

AL nous rappelle la situation politique au Maroc à l’aube des révolutions arabes.

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AL "El Medico" is a Moroccan social activist 0 comments

Wednesday, March 30th, 2011


En 1999 Mohamed VI accède au pouvoir, après son père le tristement célèbre Hassan II. Quelques mois auparavant M. El Yousfi était nommé premier ministre. Pour la première fois depuis l’indépendance, un premier ministre issu de l’opposition de gauche est nommé à la tête du gouvernement. Cette nomination était l’aboutissement d’un processus enclenché au début des années 90 à l’appel du roi lui-même pour une union nationale, face au risque d’arrêt cardiaque qu’encourait le pays.

Face à cet arrêt cardiaque imminent les forces vives de l’opposition marocaine, surtout celle qui constitue la koutla (ou les partis issus du mouvement national à la base de l’indépendance) ont répondus présents, et le processus de réconciliation s’est enclenché petit à petit, voulant tirer un trait sur le passé et bâtir un avenir différent, prospère et toute la batterie de superlatifs d’usage.

Le gouvernement de M. El Yousfi assura la transition entre les deux rois, un moment critique passé avec succès pour la monarchie, qui était, qu’on veuille se l’avouer ou non, très affaiblie après toute la misère qu’a vécue le peuple, et toutes les exactions subies tout au long d’un demi siècle d’indépendance sous le règne de Hassan II, sans oublier le traumatisme des deux coups d’état ratés qui auraient pu asséné le coup fatal à cette monarchie et dont le souvenir s’est ravivé à cette occasion. Le palais avait besoin de protection, c’est indéniable, les politiques le lui ont assuré.

Dés son accession au pouvoir le jeune roi s’est forgé une image de roi dynamique, proche de son peuple (d’où le surnom de roi des pauvres), il dut écarter quelques symboles (le baise main fut presque aboli avant de revenir en force) et collaborateurs de son père que le peuple détestait plus que tout, en particulier l’ancien ministre de l’intérieur– et ouvrir le champ des libertés (comparé à ce qu’il était pendant la période de son père). Le printemps marocain était en cours.

Après les élections de 2OO2, les choses commencèrent à se gâter : le premier ministre un technocrate, fut nommé par le roi, à la place du chef du parti vainqueur des élections législatives. Cette nomination, qui contrastait avec ce qui fut convenu lors du processus de réconciliation entre le palais et les partis politiques d’opposition d’alors, peut être qualifié de tournant dans le dit printemps marocain, dont les fleurs commencèrent à faner avant même d’éclore.

A partir de ce moment, la cascade « d’écarts » s’est enclenchée. Des écarts que les partis politiques cautionnaient, de manière explicite, surtout dans les dossiers de terrorisme post-attentats du 16 mai 2003, ou implicite, en ne montrant pas d’opposition et en étant préoccupé plus par des portefeuilles ministériels que par un combat réel pour leurs concitoyens. Ces partis jouaient le jeu du palais à fond, et le rapport de force faisant revenait au palais à leur dépend.

Le taux de participation dérisoire aux élections législatives de 2OO7 qui donnèrent lieu à un gouvernement qu’on peut qualifier de très faible –et ce n’est qu’un euphémisme– montrait à quel point les marocains savaient que le gouvernement n’avait aucune importance et que les vrais décisions se faisaient d’en haut, derrière des murs. Le gouvernement ne fait qu’appliquer. La scène politique a été ainsi vidée de toute légitimité : c’est le jeu absurde, dit démocratique digne des série B indiennes.

Chaque paragraphe est juste un flash, le développer demanderait des livres. Tout ça pour vous dire qu’à l’aube des révolutions arabes, le Maroc se trouvait dans la situation suivante : une démocratie de façade et un vrai pouvoir quasi-absolue dans la main du palais, avec un roi aimé mais un entourage royal plus que haï; des partis politiques dépassés, vidés de tout sens, qui sont la pour peupler la pièce théâtrale; un peuple toujours pauvre, toujours ignorant et l’émergence d’une petite classe moyenne encore étourdie, elle-même dépassée par les événements.

Le mythe de l’exception marocaine et l’obstacle psychologique vécu jusqu’alors, que se soit par l’élite marocaine ou par le peuple marocain dans sa totalité furent abolis. Révolutions arabes, internet et misère aidant, par un groupe de jeune marocains, le groupe du 20 Février, qui est sorti dans la rue pour demander une vrai monarchie constitutionnelle, ce qui déclencha un tsunami dans les cercles de décisions et de pouvoirs. Le roi prononça son discours du 9 mars, pour parler de changement constitutionnel, impliquant aussi cette foi-ci, la séparation des pouvoirs, que sa personne centralisait jusqu’alors. Affaire à suivre.

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Posted on Wednesday, March 30th, 2011

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